Sur elle


2018

« NOUS N’IRONS PAS TOUS AU PARADIS »

texte de Christian Malaurie. (extrait)

La Galerie 69 accueille l’exposition collective: » Nous n’irons pas tous au Paradis », à l’initiative de Margot Sokolowska  commissaire de l’exposition. L’artiste a invité autour d’elle, Emmanuel Aragon  et trois autres plasticiens, Amandine Braci, Klára Dolezálková et Christophe Massé. Passé le seuil, nous entrons dans un vaste hall partagé d’un côté, par un jardin intérieur exotique emplit de lumière, et de l’autre, par un recoin fermé plus sombre, éclairé par des rails de petits projecteurs servant à éclairer des cimaises de couleur noire où sont accrochées les œuvres des artistes invités. L’ensemble de l’espace du rez-de-chaussée est donc composé par des pans de murs en noir et blanc qui rythment agréablement l’espace. Un escalier métallique grillagé se présente au regard du visiteur comme une belle sculpture contemporaine.

En entrant dans la cour intérieure, à droite, quatre pièces de Margot Sokolowska sont accrochées sur un large panneau noir. Trois pièces placées à la verticale l’une sur l’autre sont callées sur l’arrête gauche du panneau, et une autre seule, presque perdue sous un fluo rouge. Elles appartiennent toutes les quatre à une série intitulée par l’artiste : Suaire partiel. Le fluo rouge sur ce grand panneau noir trace la limite entre le céleste placé au-dessus, et le terrestre au-dessous. Une vaste étendue de noir sépare les trois pièces placées au-dessus, de celle placée sous le fluo rouge. Les trois toiles de dimensions modestes représentent une même figure, celle d’une jeune fille vue de dos, dénudée jusqu’à la taille et dansant dans un paysage imaginaire sur un gazon artificiel. Pas de profondeur de champs, la perspective se redresse et le fond de l’image surgit au premier plan. Les couleurs froides, le vert et le bleu domine les toiles, contrastant avec la jupe longue couleur blanche construite à partir d’une géométrie de formes en transparence. Nous entrons ici dans un Paradis profane où le désir féminin s’offre sans pudeur aux joies de la peau dénudée goûtant pleinement en pleine nature toutes les sensations terrestres. Nul édifice représenté dans le paysage, les seuls traits culturels sont ceux de la forme de la jupe longue, très longue touchant le sol, balayant l’herbe verte, joyeuse et décomplexée. Paradis, loin du jardin d’Eden sous l’œil absent d’une divinité illusoire. L’artiste de manière ironique et amusée semble nous dire  : « je vous laisse votre paradis artificiel, vos injonctions à consommer dictées par le marché », « je ne suis pas un ange ni une image de magazine, je suis une femme », « il n’y a pas de purgatoire, tout est sur terre l’Enfer et le Paradis à la fois ».

 

photo: Christian Malaurie et Margot Sokolowska  dans la galerie 69  à Bordeaux, juin 2018.


2017

La série: « Terrains de (Je)eux » 2016-2018.

texte de Margot Sokolowska

J’y réalise ma dernière série de peintures intitulée « Terrains de (Je)eux ».
J’essaie de m’opposer à la domination « architectonique »…. Les tableaux de cette série sont figuratifs et représentent une personne adulte inscrite dans une aire de jeux pour enfants.Le vert artificiel de tapis de jeux de société, le vert naturel des feuillages et le rouge dominent. Si on me demande de quoi parlent mes derniers tableaux, je réponds : de la régression assumée.


2013

texte de Natalie Victor-Retali

Margot Sokolowska-
Appliquée, obstinée et « un peu transparente » comme le préconisent les constructivistes; Margot Sokolowska pratique une peinture hors du temps.
Elle dit qu’il faut se laisser pénétrer par le tableau en cours, tout est maîtrisé jusqu’à ce que l’exécution commence: projets, esquisses, essais de couleur, rien n’est laissé au hasard, mais quand l’aventure du tableau est commencée, « Il faut aussi savoir se laisser faire ».
Margot fait œuvre de vigilance, diplômée de l’École Nationale des Beaux Arts de Lodz en Pologne, elle maîtrise parfaitement les différentes techniques qu’elle aime superposer pour donner une apparence
toujours plus lisse à la toile; cependant, elle n’oublie pas que l’art est une aventure personnelle intense…alors, elle laisse passer la lumière à travers elle; elle prémédite tout et au moment de créer, elle se fait vecteur de quelque chose qui la dépasse et elle l’assume.
« Le temps du tableau est un temps très lent, il faut garder sa vigilance, quand il y a un accident, parfois il faut nettoyer, parfois il faut accepter le hasard! Une conversation s’instaure avec le tableau, il faut savoir
ne pas s’entêter… »
Pour Margot Sokolowska, la peinture est un processus alchimique …il faut une idée très claire au départ, un projet très précis, mettre en œuvre son expérience, laisser parler sa fantaisie, ne pas perdre de vue sa
propre singularité…mais elle n’aime pas montrer ses projets; ses esquisses ou les photos de départ: «Je n’aime pas montrer la cuisine, ce n’est pas élégant. »
Pour elle, la couleur c’est une seconde nature, c’est ce qu’elle voit en premier, son travail sur la couleur est extrêmement précis, très maîtrisé; elle se réfère aux enluminures du Moyen-Age, les bleus et les rouges,
des juxtapositions osées, mais aussi à Lautrec et Gauguin….
La perspective du Moyen-Age, très courte, uniquement dédiée à l’espace du tableau l’intéresse aussi particulièrement; Uccello, par exemple, «C’est finalement très abstrait.»
Pour elle, la forme littéraire la plus proche de la peinture est la poésie, une forme courte, concentrée, dont
l’essence est donnée à voir en une fois; « Pour moi,un tableau se construit comme un poème!
Elle dit ne pas être très romantique, les grands élans, les sentiments forts « canalisent les moyens »et ça n’aboutit pas à grand-chose; « pour laisser une trace, il faut être assez neutre, un peu transparente dans la
vie » c’est son point de rencontre avec le constructivisme…
La discipline est également très importante, entraîner la main, en permanence: des esquisses, qui deviendront peut-être un projet, puis un tableau, mais peut-être pas. « A la fin, on a plusieurs feuillets, il yen a peut-être un qui méritera de devenir un tableau, parfois il n’y en a pas, ce n’est pas grave, on continue! »
La composition est primordiale, c’est l’ossature du tableau; il faut retrouver une composition « naturelle »comme le ferait un enfant, et c’est un gros travail! « La couleur organise aussi la composition, de nombreux objets plastiques apparaissent puis j’élimine…j’essaie toujours d’aller à l’essentiel; l’ essence est
ma notion favorite.»L’épure, la synthèse, puis une cartographie des grandes lignes de construction apparaît; il y a des formes géométriques, mais aussi des motifs organiques simplifiés qui leur répondent construisant ainsi un
dialogue symbolique au cœur du tableau.
La série de grands formats sur laquelle elle travaille en ce moment est un voyage artistique et personnel à travers l’Europe: Bordeaux bien sûr où elle vit et travaille depuis 2005; mais aussi Paris, Berlin,
Amsterdam et Varsovie…les grands aplats de couleur, la géométrie qui répond à l’organique en une cartographie très symbolique, tous les ingrédients du travail de Margot Sokolowska sont présents pour faire de cette série une étape importante dans le parcours artistique de cette jeune peintre déjà pourvue d’une solide expérience de plasticienne.


2010 

« Neiges éternelles » 

texte de N.Bonichot

Cette série de 21 pièces s’organise cycliquement par une disposition en triptyque, plus particulièrement en tri-topologie – suite de trois fois sept lieux. Méthodologiquement, la série – la contrainte sérielle telle qu’elle est proposée ici – oblige à la répétition sans toutefois exclure la dimension de variabilité : d’un topos à l’autre, la variabilité (une émergence du style) s’affirme par l’accumulation et l’amplification du cadre gestuel annoncé d’emblée.

La première progression consiste en deux gestes : intrication spatiale par superposition et répartition statistique des densités impliquant une appréhension statique – amorphe – par l’assemblage en nuages et points à dominante lisse. Le geste est ici épuré, dépouillé par le cadre imposé : deux espaces lisses superposés (l’un chromatique, l’autre spectral).

La deuxième progression utilise trois gestes supplémentaires – ajoutés à la trame première : l’oblique, le polychromatisme et la re-position géométrique (nouvelle contextualisation de l’élément « fleur » qui n’est plus une fleur). C’est sans doute dans ce deuxième topos que la répétition parodie la répétition pure par la dialectique du même qui n’est pas le même – chaque pièce devenant le trope du précédent et/ou du suivant.

Enfin, la dernière progression radicalise les précédentes : l’intrication des trames, le polychromatisme et la re-position géométrique s’intensifient.

 

 

image2           image1

Réseau Paul Bert |,Bordeaux ,2010


 

 


2006 

« Cette inquiétante possibilité de choisir »

texte de  Witold  Pozoga
Le tableau de Margot Sokolowska « Cette inquiétante possibilité de choisir » apparaît comme une rapide synthèse d’histoire de la peinture au XX siècle. La précision de la composition qui nous fait penser aux constructivistes polonais (l’artiste est issue de l’École de Lodz ou on n’oublie pas facilement les leçons de W Strzeminski), sert ici une vision proche de rêveries minimalistes.
La couleur dominante est celle d’une nuit de printemps …/…/ Toutefois, il est évident que l’artiste fait siennes certaines tendances des plus actuelles : retour de la confiance donnée aux moyens picturaux, à la couleur, à la simplicité, à une certaine fraîcheur. M.A. Sokolowska « mixe » les traditions plus ou moins anciennes avec les sensibilités nouvelles, celles du début du 21 s. Elle les traduit en son propre langage plastique d’une grande économie et d’une grande et simple beauté. »

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